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Le jeudi 16 août 1951 les lecteurs de Vrije Volksblad et de Nieuws van de Dag ont fait la connaissance de l’Oncle Zigomar et de ses neveux Snoe et Snolleke (Johan et Stéphan).

Het Hambras-serum (La grande pagaille) marquait le début d’une longue série.

15 épisodes se succèderont sans interruption notable durant 5 années. Ils tiennent une place d’honneur dans l’œuvre de Bob de Moor qui est passé maître dans l’art du récit d’aventures humoristiques. Son dessin schématique est bien dans le style « ligne claire ».

L’oncle Zigomar est né à Anvers, dont on retrouve le savoureux dialecte, à condition toutefois d’être belge car certaines expressions sont intraduisibles voire incompréhensibles, même pour les Néerlandais.

Sa profession est fluctuante : il se dit jardinier dans Le secret de Volcanie, sculpteur dans Les boucs émissaires, retraité dans un autre album,…

On le voit également pratiquer la voyance, le lancer de couteaux (Les cigarillos),  manier le fouet (L’espion jaune), etc.                             Sans_titre2

Zigomar est célibataire et c’est heureux car aucun voyage n’est trop lointain pour lui : dans Le dragon noir, il fait le tour du monde ; dans De witte Maw-Maw, il fait le clown au Congo belge ; il traverse le désert dans De spaa-motor ; dans De blauwe vinger, il accompagne une expédition pour étudier les animaux dans la jungle indonésienne et son avion s’écrase dans les montagnes du Tibet…

Mais les Flandres constituent également son décor de prédilection. Le pays flamand regorge de trésors et notre oncle part à leur recherche dans De schat van Baekelandt (Le trésor du brigand) et Het betoverde zandtapijt.

La série foisonne de personnages énigmatiques, des super bandits que Zigomar doit démasquer et vaincre.

Le seul qu’il rencontre 3 fois est David Stinkfuss (David Piedspuants !), qui vole le diamant dans De blauwe vinger ; déguisé en scheik il cherche le secret du l’essence dans De spaa-motor et les  œuvres d’art du baron de Ginderachter (le baron de Là-derrière !) dans Het betoverde zandtapijt.

Bonhomme, bienheureux et bon vivant mais aussi, naïf et maladroit, Zigomar peut souvent compter sur ses neveux pour le tirer d’un mauvais pas !

Snoe, le plus agé rappelle vaguement Tintin ; Snolleke ressemble à Suske.

Comme pour nombre de ses compatriotes de papier, (Lambik, Nero, Sebedeus, etc), l’origine populaire du personnage participe à l’ambiance typiquement flamande de la série, par le langage, son humour direct et absurde, mais aussi le décor et des personnages secondaires souvent hauts en couleurs. Malheureusement, cet aspect très typé touche un public de lecteurs assez limité. On l’a dit, il vaut mieux être flamand pur jus pour saisir toutes les subtilités de cette série.

Pourtant Le renard qui louche a paru dans Tintin France dans les années 50, et Bédéscope a édité 6 albums traduits en français entre 1979 et 1980 (éditions brochées en noir et blanc).

Plus tard, de 1987 à 1994, 5 de ces titres reparaissent en albums cartonnés couleurs, auxquels se sont ajoutés 4 autres histoires inédites en français.

Pour cette série, qui parait dans la presse quotidienne et en albums bon marché, Bob de Moor n’écrit pas de scénario mais exploite la première idée qui lui passe en tête. D’où des récits peu structurés, des changements abrupts, et une large part laissée au hasard pour déboucher sur une « happy end » ; le plus important consistant à trouver un gag quotidien.

Au final, cette spontanéité s’avère une bonne formule pour cet humour loufoque et populaire et n’est pas étrangère au caractère anversois de sa BD.

Après la journée au studio Hergé, il dessine une demi planche de Zigomar ou d’une autre BD.

Au début de L’espion jaune, l’ambiance et le dessin évoquent le centre de recherches atomiques de Sbrodj. Comparez la première image avec la première de On a marché sur la lune !...

Son travail chez Hergé allant croissant, le temps manque à Bob de Moor pour mener à bien ses propres séries. De sprekende wandelstok doit être arrêté après 2 mois ainsi que les strips quotidiens. Il opte définitivement pour les studios Hergé, travail sans stress et sans soucis.

4 albums sortis la même année n’obtiennent que peu de succès par manque de promotion.

Les histoires parfois trop longues parues dans la presse font l’objet de coupes sombres pour atteindre les 48 pages prévues par l’éditeur.

Dans De rode caballero par exemple, il manque les 30 premiers strips.

De Dageraad (série Magnum) a réédité tous les albums mais sans reprendre les strips manquants.

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… et voilà le travail, andouille !